Le site internet d'une mairie n'est pas un site comme les autres
Un site internet municipal est un outil de communication officielle. À ce titre, il est soumis à des obligations légales spécifiques qui vont au-delà de ce qui s'applique à un site commercial ou associatif. Ces obligations touchent quatre domaines principaux : les mentions légales, l'accessibilité numérique, la protection des données personnelles, et la publication de certains actes administratifs.
Beaucoup de petites communes ignorent ces obligations, non par négligence, mais parce qu'elles n'ont pas eu accès à une information claire et à jour. Ce guide a pour objectif de combler ce manque.
Les mentions légales obligatoires
Toute commune disposant d'un site internet doit y faire figurer des mentions légales facilement accessibles, conformément à la loi pour la confiance dans l'économie numérique (LCEN). Ces mentions doivent indiquer : le nom de la commune, l'adresse du siège (la mairie), le nom du maire en tant que responsable de la publication, les coordonnées de contact (téléphone ou adresse mail), et les informations relatives à l'hébergeur du site (nom, adresse, contact).
Ces informations doivent être accessibles depuis toutes les pages du site, généralement via un lien en pied de page intitulé "Mentions légales". L'absence de mentions légales expose la commune à des sanctions et nuit à sa crédibilité.
L'accessibilité numérique : une obligation légale depuis 2020
Depuis la loi du 7 octobre 2016 et son décret d'application, les sites internet des collectivités territoriales ont l'obligation de respecter le Référentiel général d'amélioration de l'accessibilité (RGAA). Pour les communes de moins de 250 agents, cette obligation porte sur les pages les plus consultées et les fonctionnalités essentielles.
Concrètement, cela implique que le site doit être utilisable par des personnes en situation de handicap visuel, auditif, moteur ou cognitif. Les critères les plus importants sont : un contraste de couleur suffisant entre le texte et le fond (ratio minimal de 4,5:1), des alternatives textuelles pour toutes les images porteuses d'information, une navigation possible au clavier sans souris, et des formulaires correctement balisés.
La commune doit également publier sur son site une déclaration d'accessibilité indiquant le niveau de conformité du site, les contenus non conformes et les raisons de cette non-conformité, ainsi que les alternatives proposées. Cette déclaration doit être mise à jour à chaque évolution significative du site.
Le non-respect de ces obligations peut entraîner des sanctions financières, mais surtout, il expose la commune à des réclamations de la part des habitants en situation de handicap.
Le RGPD et la protection des données personnelles
Le Règlement général sur la protection des données (RGPD) s'applique aux communes dès lors que leur site collecte des données personnelles. Un formulaire de contact, un formulaire d'inscription à une newsletter, ou simplement l'installation de cookies de traçage suffisent à déclencher les obligations du RGPD.
Les points essentiels à respecter sont les suivants. Premièrement, ne collecter que les données strictement nécessaires à la finalité du traitement : pour un formulaire de contact, le nom, le mail et le message suffisent ; demander le numéro de téléphone ou la date de naissance est superflu et non conforme. Deuxièmement, informer clairement les personnes de la finalité de la collecte, de la durée de conservation des données, et de leurs droits (accès, rectification, suppression). Troisièmement, ne pas utiliser de services tiers (Google Analytics, polices Google Fonts chargées depuis les serveurs Google, etc.) sans avoir obtenu au préalable le consentement explicite des visiteurs.
Pour les communes qui veulent simplifier leur conformité RGPD, la solution la plus efficace est d'héberger tous les composants du site en Europe, d'éviter les outils d'analyse comportementale, et de se limiter aux formulaires strictement nécessaires.
La publication des actes administratifs en ligne
Depuis 2017, les communes de 3 500 habitants et plus ont l'obligation de publier leurs actes administratifs sur leur site internet. Pour les communes plus petites, cette obligation ne s'applique pas, mais la publication des actes est fortement recommandée et peut être exigée dans certains cas.
Les actes concernés sont notamment les délibérations du conseil municipal, les arrêtés du maire, et les documents budgétaires. Leur publication sur le site contribue à la transparence de l'action publique et améliore la confiance des habitants.
Sur le plan pratique, une rubrique dédiée dans la navigation du site, intitulée "Actes officiels" ou "Publications légales", suffit à organiser cette diffusion. Les documents doivent être publiés en format PDF, avec un nom de fichier explicite (date et objet), et rester accessibles pendant une durée raisonnable.
Ce qu'il faut faire en priorité
Si votre commune dispose d'un site internet mais n'a jamais procédé à un audit de conformité, voici les trois actions prioritaires. En premier lieu, vérifiez que les mentions légales sont présentes, complètes et à jour. C'est la vérification la plus simple et la plus rapide à effectuer. En second lieu, testez le contraste des couleurs de votre site à l'aide d'un outil gratuit comme le vérificateur de contraste de WebAIM. Si le ratio est inférieur à 4,5:1, une correction est nécessaire. En troisième lieu, vérifiez que votre site ne charge pas de ressources depuis des serveurs externes (Google, Facebook, etc.) sans avoir informé les visiteurs et obtenu leur consentement.
Si votre commune n'a pas encore de site internet, ou si votre site date de plus de cinq ans, une refonte complète avec un prestataire spécialisé dans le numérique municipal est souvent plus efficace et moins coûteux que des corrections au cas par cas.
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